Les ruines du ciel
Christian BOBIN
J'ai découvert Christian BOBIN récemment grâce à
une émission de radio puis de télévision à quelques jours d'intervalle.
Dans la première il parlait justement de son livre de telle façon que j'ai tout de suite eu envie de le lire. Ce que
j'entrevoyais de son écriture me semblait très délicat et poétique. Lorsque je vis à la télévision "le personnage", je fus enthousiasmée par ce qui se dégageait de sa personnalité, une
sorte de joie de vivre teintée d'espièglerie et d'un émerveillement toujours renouvelé devant l'infinie beauté de la nature.
J'ai donc lu Les ruines du ciel en dégustant
chaque phrase, chaque pensée. Ses textes sont comme de la dentelle où l'ensemble des mots créerait un tissage harmonieux parfait.
Extraits:
L'odeur de la jacinthe- si forte qu'elle
m'arrache au sortilège de ma lecture pour me faire admirer la grâce de son agonie.
Chaque jour a son poison et, pour qui sait le voir, son antidote.
Ecrire comme on taille une branche pour en extraire la flèche qu'elle promettait.
Les nuages lèvent le camp. Ils vont rêver ailleurs.
J'essaie avec des mots de peindre cette lumière qui vient d'entrer par la fenêtre et s'est plantée dans la
peau rosée de la poire. Je n'y arrive pas et cet échec n'est pas sans gaieté-comme perdre au jeu contre un ami.
Les tombes au mont Saint-Vincent se déploient en éventail autour de l'église comme un jeu de cartes céleste.
Dans la cour de la petite école un tilleul vieillissant jette l'or de son feuillage sur un chagrin d'enfant, empêchant la
mélancolie d'accomplir son oeuvre assassine.
J'écris pour dire que nous sommes bien sur la même terre et que le dernier mot est une corde d'amour dont la vibration ne cesse jamais.
Gallimard 180
P.






