La Gantière de Daniel Crozes
Extrait :
« A la belle saison, après le souper, Noémie désertait la cuisine et s’installait à même la rue derrière son chevalet à broder, près de l’entrée de la maison où quelques voisines la retrouvaient pour la soirée. Elles amenaient leur chaise, crochetaient, tiraient l’aiguille en échangeant
les nouvelles du quartier.
Le ménage terminé, Alice dévalait l’escalier, claquait la porte et s’asseyait
à côté de sa tante pour apprendre à coudre.
- ça me servira toujours, répétait-elle.
- Tu peineras plus qu’à la machine, la prévint Noémie. La peau des gants « cousu main » est épaisse, l’aiguille casse souvent, tu t’abîmeras les
doigts… »
Ce roman est passionnant. Nous
suivons l’ascension d’une jeune femme, Alice, d’une volonté exemplaire, dans le milieu ouvrier du début du XXe siècle, près de Millau.
En juin 1 908, Alice est renvoyée des caves de Roquefort pour avoir participé à
une grève. Elle a 18 ans et doit affronter la colère de son père. Obstinée et courageuse, après avoir été bonne à tout faire ou coupeuse de raisins, elle devient piqueuse dans une ganterie de
Millau. Elle mettra toutes ses forces pour sortir de sa condition et devenir patron. Après les années sombres de la Grande Guerre qui apportera son lot de souffrances, la réussite lui sourit et
ses gants seront admirés et vendus de Paris à New York.
Peu de temps après cette lecture, j’ai eu l’occasion
lors des journées du patrimoine, de visiter un musée de la ganterie où étaient exposés machines à coudre,
emporte-pièce, ciseaux, ouvre-gants, toutes les machines et les outils que l’on découvre dans ce roman, ainsi que des merveilles de gants de luxe d’une finesse extraordinaire ! Un ancien
ouvrier gantier en faisait revivre la fabrication. Je retrouvais avec une certaine émotion l’ambiance des
ateliers tellement leur description en avait été minutieuse…Presque on y voyait Alice…
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